Dernier film de Pascal Thomas (La diletante mais également de nombreuses comédie lourdingue des années 70), mon petit doigt m'a dit est une adaptation de l'oeuvre litéraire d'Agatha Cristie. Le film ne sortira dans les salles que le 13 Avril mais voilà déjà la critique de ce film que j'ai eu l'occasion de voir en avant avant première il y a déjà un mois, alors même que le film venait definir son montage
Mon petit doigt m'a dit que ce film pourrait bien être l'une des bonnes surprises de cette année 2005 à l'instar des Choristes l'an passé. Une fois passé ce petit jeu de mort facile et de rigueur avec un titre pareil, on peut donc s'interesser à l'histoire de ce film. Adapté de l'oeuvre éponyme d'Agatha Cristie, le film se présente comme une enquête policière sur le mode décalé d'un couple bourgeois au sein d'un décor paradisiaque et de paysages les plus idylliques qui soient et qui en fait cache beaucoup plus de choses que ne le montre les images.
L'histoire peut sembler au premier abord assez banale. Une femme disparaît, un village à l'image tranquille semble cacher un secret, une maison magnifique au premier regard mais qui elle aussi cache un lourd passé, un couple bourgeois en pré-retraite dont la femme un peu trop impulsive et aimant profondément sa famille avec tout l'ironie que cela peut comporter (voir le film pour comprendre) n'écoute que son sixième sens et son coeur... Tout ceci nous rappelle la patience d'Hercule Poirot et l'humour d'Agatha Cristie. Ainsi la trame du film répond presque immédiatement à la question "comment adapter le flegme britannique dans une comédie française" ? Tout simplement en utilisant une Catherine Frot dans l'emploi parfait de la petite bourgeoise un peu trop curieuse et sûre d'elle. Ajouter à cela un André Dussolier parfait dans le rôle de son mari amoureux mais incapable de contenir les ardeurs de sa moitié, un casting de choix avec des "gueules" que l'on ne voit que trop rarement au cinéma dont la plupart sont pétillantes face à la caméra sans oublier le changement de décor par rapport à l'original qui a permis au film de ne pas s'enchaîner dans l'ennui et la paresse. Ainsi la campagne française remplace l'Écosse, l'histoire se situant dans la Haute-Savoie profonde, l'héroïne porte à la fois un nom français et anglo saxon (Prudence Beresford) et l'action se situe de nos jours. Il y a donc un décalage avec le roman dont est tirée l'oeuvre qui ne peut que lui servir.
Ce qui ressort le plus du film c'est cette incroyable légèreté, l'insouciance du personnage féminin qui se dégage. Rares sont les films à offrir un langage aussi soigné (peu d'insultes, de "je te kiffe" ou je t'enc***) et pourtant aussi drôle via l'interprétation des acteurs ravi de donner libre cours à leur jeu ce qui permet de toucher à presque tout les genres de la comédie: du burlesque en passant par le comique de situation. Si le film n'est cependant pas prévu pour une analyse poussée de chaque séquence, on ne pourra qu'être ravi des moments qu'offre le film avec sa galerie de portrait avec des personnages hauts en couleurs (et des acteurs souvent peu vus à l'écran ses dernières années) et son mélange des genres. on passe en effet très rapidement de la comédie loufoque au polar pur et dur. Les clins d'oeil à l'actualité sont nombreux (canicule, téléphone portable..) mais il y a aussi cette sorte d'intemporalité qui font que ce genre de films semblent perdus dans un espace temps...
Ainsi Pascal Thomas s'empare véritablement de l'oeuvre d'Agatha Cristie mais ne la dénature jamais, au plus il l'adapte - et lui donne un sérieux coup de fouet à mon humble avis - afin de la rendre crédible de nos jours.
Comédie familiale à suspens matinée d'un soupçon de fantastique, le film est parfait pour passer un moment agréable dans une salle obscure en attendant une éventuelle suite qui - de l'aveu du réalisateur lors de la projection test - n'attend que l'avis du public pour se lancer dans de nouvelles aventures
